|
 
Droit international et action diplomatique Le cas
de la France
Gilbert Guillaume 1
Full text available:
PDF format *
Introduction
En vue de traiter des relations entre droit international et action
diplomatique dans le cas de la France, il convient au préalable de
décrire brièvement l'organisation gouvernementale en ce
domaine.
Celle-ci remonte à plusieurs siècles, puisque le poste de
jurisconsulte auprès du ministère des Affaires
étrangères fut créé par Louis XIV lors du
rattachement de l'Alsace à la France. A cette époque en effet se
sont posés à l'administration des problèmes de droit
d'Empire que les bureaux de Versailles n'étaient pas en mesure
d'aborder. Un juriste originaire de ces régions fut
désigné pour se pencher sur ces questions au sein du
département des Affaires étrangères.
La charge ainsi créée resta dans la même famille au
XVIIIème siècle. Elle disparut avec la Révolution et il
fallut attendre la fin du XIXème siècle pour que la fonction et
l'emploi réapparaissent. Cette renaissance coïncida avec le
développement du droit international public positif et le renouveau de
son enseignement devenu obligatoire dans toutes les facultés. En
août 1890 était nommé un jurisconsulte-conseil
auprès du Ministère des Affaires étrangères.
La fonction fut pendant des décennies occupée à
temps partiel par des universitaires ou des avocats qui venaient à leur
bureau une ou deux fois par semaine pour donner les avis qui leur
étaient demandés. Cette formule était adaptée
à la vie internationale telle qu'elle se présentait avant la
seconde guerre mondiale, époque où la plupart des
problèmes diplomatiques touchaient aux relations bilatérales
entre un nombre limité d'Etats. Depuis lors, le développement des
organisations internationales, et notamment celui des Nations Unies et des
Communautés européennes, l'élargissement de la
société internationale et la multiplication des traités
ont conduit à une évolution profonde des structures. Au
jurisconsulte à temps partiel succéda un jurisconsulte à
plein temps, puis un service, et enfin à partir de 1969 une direction
des affaires juridiques, comportant un certain nombre de sous-directions et de
bureaux. A l'heure actuelle, cette direction compte une soixantaine d'agents
dont 25 de catégorie A et 35 de catégorie B (personnel de
soutien, secrétariat, bibliothèque, bureau d'ordre, etc.).
La direction ainsi constituée est autonome et placée au
sein du ministère sur le même pied que la direction des affaires
politiques, la direction des affaires économiques et financières
ou les directions géographiques. Elle est rattachée directement
au secrétaire général et au cabinet du Ministre. Elle se
trouve de ce fait dans une position de parfaite indépendance
vis-à-vis des autres directions et est par suite en mesure de faire
valoir directement son point de vue auprès des autorités
compétentes du ministère, voire auprès du Ministre
lui-même.
Au plan des structures, la situation apparaît donc satisfaisante
(sous réserve des inévitables problèmes de personnel et de
budget). Reste à s'interroger d'une part sur les attributions en droit
(I) et d'autre part sur le rôle de fait de la direction des affaires
juridiques (II) et, par voie de conséquence, sur l'influence du droit
international sur l'action diplomatique de la France (III).

* The free viewer (Acrobat Reader) for PDF file is
available at the
Adobe Systems.
1 Juge à la Cour internationale de Justice, ancien Directeur
des affaires juridiques au Ministère français des Affaires
étrangères.
 
|