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Book ReviewsAntoine Kaissis, Le nouveau droit européen des contrats
internationaux, Paris, L.G.D.J. (1993) 598 pages. Cet ouvrage, rédigé par un spécialiste de
l'arbitrage, est résolument polémique, sinon pamphlétaire.
De très belle facture, il ne constitue certes pas un manuel pratique de
la Convention de Rome du 19 juin 1980 sur la loi applicable aux obligations
contractuelles, que l'on aurait pu attendre d'un praticien. Il s'attaque
plutôt aux faiblesses de cette réforme importante du droit des
conflits de lois en matière de contrats, tout en emportant aussi dans la
tourmente les positions défendues par maints auteurs français -
les autres étant plutôt ignorés - en la matière. Une première partie s'attarde à la problématique
générale des conflits de lois en matière de contrats. Elle
comprend une étude approfondie de la définition du contrat
international (cent cinquante pages y sont consacrées) et des
règles de conflit pratiquées avant avec une insistance sur le
concept des lois de police et sur la logique du principe Le seconde partie porte sur les «apports» de la Convention
de Rome. Ne comprenant pas moins de douze chapitres, elle reprend la question
de la définition du contrat international. puis présente
successivement la règle de rattachement subsidiaire à
défaut de choix des parties, les règles de conflit de lois
spéciales (contrats de consommation et de travail) et le principe
d'autonomie. Deux chapitres portent respectivement sur le sort
réservé à la lex mercatoria et sur la
problématique du contrat d'Etat. Viennent ensuite l'étude du
domaine (le la loi applicable, celle de la forme du contrat, l'examen de
diverses questions relatives à la mise en oeuvre de la règle de
rattachement. L'ouvrage se termine par les relations entre la Convention de
Rome et l'arbitrage international d'une part, les conventions sur la vente
d'autre part. S'il était possible de saisir, dans l'argumentation
fouillée de l'auteur, une thèse direutrice. on la trouverait dans
la consécration de l'autonomie, au nom d'une sécurité
juridique indispensable, thèse sans doute peu surprenante pour un
spécialiste de l'arbitrage mais qui souligne-t-il avec raison, a au
moins le mérite d'exister, et même - contrairement a ce qu²il
affirme -, en dehors de la matière des contrats. Pour le reste, si les
critiques sont nombreuses, les constructions positives ne le sont guère.
Si la Convention de Rome n'échappe pas à ses sarcasmes, il n'en
va guère autrement des Conventions de La Haye sur la vente. L'auteur y
préfère-t-il, pour le rattachement subsidiaire du contrat, la
méthode indiciaire? Celle-ci lui paraît reposer sur des postulats
aussi illusoires que la thèse de la prestation caractéristiques.
C'est le facteur du lieu d'exécution qui. entre les lignes, semble avoir
sa préférence. L'auteur n'est pas pour autant un adepte de la
lex mercatoria mythe dont la Convention de Rome aurait signé
l'arrêt de mort, ce qui ne serait pas son moindre mérite (p.11).
Il appelle plutôt à une «délivrance du
conflictualism», qui ne pourrait venir que des Etats: la Convention de
Vienne du 11 avril 1980 sur la vente de marchandises montrerait la voie
à suivre, tandis que la Convention de Rome serait l'achèvement
d'une méthode en déclin. Ce n'est pas sans lyrisme que la
conclusion appelle à une extension de la Convention de Vienne
au-delà des limites spatiales qu'elle s'est assignées,
au-delà même de la vente, pour régir aussi les contrats de
consommation -pourvu que soit préservée l'application des lois de
police -, et pourquoi pas les contrats internes. Ouvrage passionnant qui ne laissera personne indifférent,
rédigé par un praticien, son public cible n'est pourtant pas
celui des entreprises, pais plutôt celui des scientifiques. Car le propos
se hisse résolument au niveau de la théorie la plus haute, voire
s'attarde avec excès à certaines spéculations dominantes
dans les années soixante-dix, telle la problématique de la
définition du contrat international, non sans délaisser des
points d'importance pour la pratique, telle l'interprétation de
l'article 6 de la Convention de Rome relatif au contrat de travail, dont
l'exposé est étonnamment sommaire. Certes, la méthode
pêche parfois par certain manque de rigueur: à un index
alphabétique efficace des matières ne fait pendant aucune
bibliographie et les auteurs cités dans le texte sont ceux-là
seuls dont les thèses font l'objet d'une discussion, à un point
tel que, vue de l'extérieur, celle-ci prend quelque peu l'aspect d'un
règlement de compte assez hexagonal entre écoles. Mais
l'originalité - et, partant l'intérêt - du travail
réside précisément en ceci que la critique de la
méthode conflictuelle s'appuie sur un bon degré d'expertise. Tout
attaché à convaincre, l'auteur a étudié en
profondeur les thèses adverses. Si le style est clair, parfois familier,
le propos n'est pas superficiel. Mais la précision scientifique est
parfois malmenée au profit du bon mot: comment oser dire aujourd'hui
qu'«une règle de droit positif trouve en elle-même sa
légitimation, donc sa justification» (p. 190), et comment
l'affirmer sans incohérence à propos de la loi d'autonomie pour
faire taire toute contestation à son égard, tout en contestant la
plupart des solutions de la Convention de Rome, pourtant aussi partie du droit
positif? Ou encore, a propos de la problématique tellement importante
des lois de police, n'est-il pas expéditif d'affirmer sans ambages, sans
guère de motivation, que «toutes les lois de police sont des lois
d'application immédiate» - mais non l'inverse, ce qui est correct
- (p. 448) alors que le concept peut parfaitement conduire à la
formulation d'une règle de rattachement, ce dont témoigne
l'article 5 de la Convention de Rome. Mais l'auteur estime, à propos de
cette disposition, qu'elle ne saurait s'analyser en termes de lois de police
car celles-ci ignoreraient complètement la loi choisie par les parties,
en ne faisant aucune comparaison des contenus, même si la loi choisie
assure une meilleure protection du consommateur (p. 339): cette approche de la
loi de police paraît contredire l'expérience. Même si le propos de l'ouvrage paraît à certains
égards vain ou suranné, tant il parait plus utile de fournir
aujourd'hui au public un véritable manuel de la Convention en langue
française, l'argumentation n'est pas moins très stimulante car
elle incite les spécialistes du droit international privé, non
point à défendre leur discipline - dont, quoi qu'en pense
l'auteur - la mort n'est point annoncé - il suffit de considérer
les nouvelles orientations de la politique communautaire d'harmonisation des
législations, que l'ouvrage passe sous silence -, mais à mieux
l'expliquer. Marc Fallon Université catholique de Louvain
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