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La protection du milieu naturel antarctique et le droit international de l'environnement

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III. Enseignements et conclusion

Au bas de la planète, l'Antarctique nous offre des images d'une étrange beauté. Son milieu naturel figé est devenu le symbole du dernier endroit du globe qui n'ait pas été souillé par les activités humaines. Isolée, cette région doit sa pureté à la rigueur des conditions climatiques qui y règnent. Le froid, le vent, la sécheresse empêchent en effet toute forme de vie autonome. Seuls quelques centaines de scientifiques au bénéfice d'un lourd appui logistique ont le privilège de fréquenter ce laboratoire unique dans lequel ils peuvent consulter les archives climatiques du globe.

Patrimoine de l'humanité, l'Antarctique devrait inspirer l'action des hommes en faveur de l'environnement. Puisant ses origines dans une situation géopolitique particulière, le régime juridique qui a été mis en place pour cette région reste unique. Sa transposition intégrale à d'autres territoires ne saurait donc pas être envisagée. En revanche, certaines solutions expérimentées dans le cadre de ce régime mériteraient qu'on s'y intéresse davantage au moment où de nouvelles réglementations de protection de l'environnement seront élaborées.

La préservation de l'écosystème, même si elle se révèle un objectif ambitieux, devrait figurer dans tous les traités relatifs à la conservation des espèces. A quoi sert-il en effet de protéger une espèce déterminée si, dans le même temps, rien n'est entrepris pour maintenir son habitat et pour lui assurer ses réserves de nourriture ? La notion d'écosystème révèle véritablement l'interdépendance qui unit l'ensemble des composantes du milieu naturel d'une région déterminée. La Convention de Canberra pour la conservation de la faune et de la flore marines de l'Antarctique a joué un rôle de précurseur en se fixant pour objectif de préserver l'écosystème marin antarctique.

Un deuxième enseignement que l'on peut retirer de l'expérience menée sur le continent austral concerne la prévention. Ce principe, ne craignons pas de le répéter, doit s'imposer en matière de protection de l'environnement. On ne remplacera en effet jamais une espèce qui disparaît. Le pragmatisme qui domine le régime juridique de l'Antarctique s'avère exemplaire à cet égard puisqu'il a permis de régler certains problèmes avant même qu'ils se soient posés. Il suffit de songer à l'interdiction du prélèvement d'hypothétiques richesses énergétiques ou minières pour s'en persuader. Une semblable volonté d'anticipation devrait dicter le comportement des hommes envers le milieu naturel.

Le pragmatisme qui vient d'être évoqué explique aussi la réticence qu'ont montrée les Parties consultatives du Traité sur l'Antarctique à créer de lourdes structures administratives chaque fois qu'elles élaboraient une nouvelle réglementation. Contrairement à ce qui s'est fait ailleurs, le régime juridique établi sur le continent austral n'a prévu de nouvelles structures que lorsque cela s'est avéré indispensable. Celles-ci ont en outre été conçues de manière à apporter des solutions à des problèmes concrets. La protection de l'environnement, même si elle n'est apparue que récemment parmi les préoccupations de la société internationale, retient désormais l'attention d'un nombre ahurissant d'institutions. Selon Patricia Birnie et Alan Boyle «[t]here now exists [...] a bewildering and somewhat chaotic array of bodies at the global, regional, and subregional level».68 Cette «explosion» institutionnelle aboutit malheureusement à une dispersion des efforts déployés et entraîne de coûteuses et inutiles duplications dans les projets qui sont entrepris. Une action internationale efficace impose que l'on rationalise le travail de ces organisations. Là encore, le régime juridique de l'Antarctique fournit une précieuse source d'inspiration.

En faisant de l'Antarctique une réserve naturelle consacrée à la paix et à la science, les hommes ont reconnu que le respect de l'intégrité d'un milieu naturel passe avant l'exploitation de ses ressources. Ce choix révèle que la protection de la biosphère et de ses écosystèmes est devenue une valeur digne de conduire l'action des individus et des gouvernements. L'homme souffre pour avoir oublié qu'il fait partie intégrante de cette nature dont il réalise enfin l'importance et la fragilité. Son action, longtemps dictée par l'unique objectif d'accroître son confort matériel, se heurte désormais à l'émergence de cette nouvelle valeur. Placé devant une douloureuse alternative, l'homme doit choisir. Dans cette optique, la décision qu'il a prise en Antarctique démontre qu'il est capable, dans certaines situations, de renoncer à ses intérêts mercantiles au profit du bien-être de l'humanité. On ne peut que s'en réjouir.

68 International Law and the Environment, (1992), 79.

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